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Les camps de prisonniers de guerre allemands au Canada
Informations recueillies sur le site:Histoire du Québec
http://www.histoirequebec.com/dossiermois/Novembre98/pow.html

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Ed:15/03/2005

 

Coupables d'être étrangers | Distinction entre prisonnier de guerre et interné | Liste des camps | Répartition des prisonniers

Coupables d'être étrangers
Par Andrée Laprise

La plupart des Canadiens anglais de plus de 50 ans se souviennent que, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Canadiens d’origine japonaise furent internés dans des camps en Colombie-Britannique. Les Québécois, eux, se rappellent que plusieurs Canadiens d’origine italienne furent internés, dans leur cas, à l’Île-Sainte-Hélène à Montréal. Il n’y eut pas que les Italiens ou les Japonais qui furent arrêtés et internés dans différents camps à travers le pays: les Allemands et les Autrichiens comptèrent au nombre de ces arrestations. Espions à la solde de pays ennemis? Étrangers en mesure de saboter l’effort de guerre canadien? Ou tout simplement coupables d’être étrangers dans un pays en guerre? Déjà en 1939, le gouvernement canadien se préparait à appréhender une partie de ces “étrangers”. Pour ce faire, il avait établi, à partir de statistiques qu’il possédait, le nombre d’étrangers qui vivaient dans chacune des provinces et le nombre d’entre eux qu’il faudrait interner lors du déclenchement des hostilités. Ces dossiers montrent qu’on était donc loin de l’improvisation et du cas par cas dont certains parleront, plus tard, au sujet de la préparation de la guerre au pays.

Ainsi les statistiques montraient que l’Ontario comptait par exemple
2835 Allemands, 4256 Italiens, 76 Japonais
Total 7167 étrangers

Le Québec
1098 Allemands, 2937 Italiens, 12 Japonais
Total 4047

La Colombie-Britannique
1405 Allemands, 1603 Italiens, 4724 Japonais
Total 7732

Le même rapport indique que 25% de ces gens (Allemands et Italiens) devraient être internés et 100%, dans le cas des Japonais. Nous sommes le 21 juin 1939! Trois mois avant le début des hostilités et plus de deux ans avant Pearl Harbor!!! (référence: RG 18 vol. 3565 C11-19-3). D’autres Canadiens seront internés, pour raison de sécurité. Le plus célèbre d’entre eux étant Camillien Houde qui passera quelques années au camp de Petawawa en Ontario. Certains seront appréhendés à titre de membre de partis fascistes (Adrien Arcand) ou communistes.

En plus des internés étrangers (prisonniers civils) vivant sur le territoire avant la guerre, le Canada internera également, cette fois à la demande du gouvernement de Londres, des civils allemands réfugiés en Angleterre et internés depuis le début de la guerre. Parmi ceux-là, des Juifs allemands qui avaient fui l’Allemagne et qui, en Angleterre, seront internés, de peur que certains d’entre eux ne soient des espions à la solde des nazis!

Certains resteront emprisonnés jusqu’en 1942, quelques-uns même en compagnie de militaires allemands! Car il n’y eut pas que les civils que le Canada reçut; il y eut aussi les militaires. L’Angleterre, par souci pour sa sécurité, envoya dans ses anciennes colonies des prisonniers de guerre (Prisoner of War ou POW). L’Australie et l’Inde en accueillirent aussi, mais en moins grand nombre que le Canada. Ainsi, le 10 juin 1940, le Canada acceptait de recevoir 3000 prisonniers de guerre allemands.

Ce ne fut que le début d’une longue liste. En tout, le Canada recevra 35 000 prisonniers allemands de 1940 à 1946 qu’il répartira en une vingtaine de camps sur le territoire. Chaque camp recevra une lettre ou un numéro par lesquels ils seront désormais désignés dans la correspondance et les documents d’archives.

Certains ne seront ouverts que peu de temps. Exemple: Cove Fields (L) sur les Plaines d’Abraham, qui ne restera ouvert que 6 mois. Ou très longtemps, par exemple Petawawa de septembre 1939 à mars 1946.

Quelques-uns changeront de vocation au fil du temps et de l’évolution de la guerre. Ainsi, celui de Kananaskis en Alberta qui, de 1939 à 1942, servira à interner les civils, puis jusqu’à sa fermeture il emprisonnera des POW et même des prisonniers appelés super noir (en raison de leur allégeance nazie reconnue). Ce camp fermera en 1946.

Certains de ces internés et de ces prisonniers, envoyés par l’Angleterre, resteront au pays après la guerre. La plupart retourneront en Allemagne.

Que reste-t-il de cette période dans la mémoire collective des Canadiens et des Québécois? Bien peu de choses. Volonté d’oublier, pour ceux qui furent emprisonnés, ou volonté d’annihiler les souvenirs dans la mémoire collective des Québécois qui, souvent, ont l’impression que la Deuxième Guerre mondiale les a bien peu concernés?


Distinction entre prisonnier de guerre et interné
Un prisonnier de guerre est un militaire gradé ou nom qui est emprisonné chez l’ennemi sous l’égide de la convention de Genève, lorsque bien sûr le pays hôte est signataire de cette convention. (À ce titre, les Japonais n’étaient pas signataires de la convention, et ne la reconnaissait pas).

Un interné est un civil canadien ou d’origine étrangère dont les comportements ou activités sont jugés dangereux pour la sécurité du pays. Ils sont souvent arrêtés sous l’égide des Règlements de la Défense proclamés en vertu de la Loi des mesures de guerre de 1927.
Ces clauses comprenaient, entre autres, le règlement numéro 21 qui autorisait le gouvernement à ordonner que des personnes “soient détenues dans tel lieu et et sous telles conditions déterminés de temps à autre par le ministre, et que pendant leur détention en vertu d’un ordre conformément à cette règle, ces personnes soient estimées être détenues légalement.”


Répartition des prisonniers

(Statistiques (référence: RG 18 vol. 3564, dossier C11-19-3)

Ontario
Allemands 2835, Italiens 4256, Japonais 76: Total 7167

Québec
Allemands 1098, Italiens 2937, Japonais 4047 :Total 4047

Île-du-Prince-Édouard
Allemands 10, Italiens 1, Japonais 0 :Total 11

Nouvelle-Écosse
Allemands 116, Italiens 242, Japonais 1 :Total 359

Nouveau-Brunswick
Allemands 44, Italiens 51, Japonais 0 :Total 95

Manitoba
Allemands 677, Italiens 66, Japonais 13 :Total 756

Saskatchewan
Allemands 1719, Italiens 49, Japonais 29 :Total 1797

Alberta
Allemands 1809, Italiens 355, Japonais 65 :Total 2229

Colombie-Britannique
Allemands 1405, Italiens 1603, Japonais 4724 :Total 7732


Liste des camps

Angler (Ontario)
Ouverture 10 janvier 1941 - Fermeture 29 juillet 1946
Prisonniers allemands et plus tard internés japonais

Bowmanville (près de Toronto, Ontario)
Ouverture novembre 1941 - Fermeture 12 avril 1945
Prisonniers allemands (officiers et soldats)

Chatham (Ontario)
Ouverture mai 1944 - Fermeture novembre 1946
Internés et prisonniers de guerre allemands

Cove Fields (Plaines d’Abraham, Québec)
Ouverture juin 1940 - Fermeture 1941
Réfugiés et prisonniers de guerres allemands

Espanola (près de Sudbury, Ontario)
Ouverture juillet 1940 - Fermeture 30 novembre 1943
Prisonniers allemands

Farnham (Québec)
Ouverture octobre 1940 - Fermeture mai 1946
Réfugiés allemands, puis marins et officiers allemands

Fredericton (Nouveau-Brunswick)
Ouverture août 1940 - Fermeture 1946
Internés juifs puis internés d’origine allemande

Grande Ligne (près de Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec)
Ouverture juin 1943 - Fermeture mai 1946
Officiers allemands

Gravenhurst (Ontario)
Ouverture 30 juin 1940 - Fermeture juin 1946
Officiers et soldats allemands

Hull (Québec)
Ouverture août 1941 - Fermeture mars 1947
Sympathisants communistes, puis officiers et soldats allemands antinazis et réfugiés

le-aux-Noix (Québec)
Ouverture juillet 1940 - Fermeture décembre 1943
Internés et réfugiés juifs

Île Sainte-Hélène (Québec)
Ouverture 3 juillet 1940 - Fermeture novembre 1943
Internés et marins marchands d’origine italienne

Kingston (Fort Henry, Ontario)
Ouverture septembre 1939 - Fermeture décembre 1943
Internés, puis des marins allemands, suivis d’officiers allemands

Lethbridge (Alberta)
Ouverture mai 1942 - Fermeture 1946
Soldats allemands

Medecine Hat (Alberta)
Ouverture 1er janvier 1943 - Fermeture décembre 1946
Soldats allemands (Afrikakorps et campagne de Normandie)

Mimico ou New Toronto (Ontario)
Ouverture 19 juillet 1940 - Fermeture avril 1944
Prisonniers allemands (marins marchands)

Monteith (Ontario)
Ouverture 14 juillet 1940 - Fermeture décembre 1946
Internés allemands et marins marchands, puis officiers et soldats allemands

Newington (Québec)
Ouverture octobre 1940 - Fermeture juin 1946
Internés ensuite marins et officiers allemands

Neys (Ontario)
Ouverture 13 janvier 1941 - Fermeture avril 1946
Officiers et soldats allemands, puis des marins marchands. En août 1944, il devient un camp pour les super noirs

Petawawa (Ontario)
Ouverture septembre 1939 - Fermeture mars 1946
Internés d’origine allemande, ensuite des marins marchands. Plus tard officiers et soldats allemands

Red Rock (Ontario)
Ouverture juillet 1940 - Fermeture octobre 1941
Réfugiés d’origine allemande (marine marchande)

Seebee-Kananaskis (Alberta)
Ouverture septembre 1939 - Fermeture juin 1946
Internés allemands, italiens ou communistes. Puis, officiers et soldats allemands. Devient super noir en décembre 1944.

Trois-Rivières (Québec)
Ouverture juin 1940 - Fermeture septembre 1940
Internés et prisonniers allemands

Wainwright (Alberta)
Ouverture décembre 1944 - Fermeture janvier 1945
Prisonniers allemands noirs

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