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L’utilisation civile des prisonniers de guerre de l'Axe

à Saint-Méen-le-Grand en Ille-et-Vilaine( 1946-1947)

Ed : 14/01/2005

La commune de Saint-Méen-le-Grand, en Ille-et-Vilaine, a utilisé comme d’autres, au cours des années 1946 et 1947, un certain nombre de prisonniers de guerre de l’Axe (P.G.A.), comme apport de main-d’œuvre dans la réalisation de divers travaux travaux d’utilité publique, notamment pour la construction de chemins ruraux.

Dans sa séance du 6 décembre 1945, le conseil municipal avait voté la construction d’environ 5000 m. de chemins ruraux pour lesquels il avait dû souscrire un emprunt. Le 29 mars 1946, le Maire avait exposé au conseil la possibilité d’utiliser des prisonniers de guerre pour les travaux de terrassement, idée qui avait été approuvée à l’unanimité moins une voix. Les choses purent alors progresser, et si nous ne savons rien des modalités d’obtention de cette main-d'oeuvre , du moins les archives livrent-elles quelques repères..

Dès le 8 avril était décidé l’achat de matériel de cantonnier pour effectuer les travaux de terrassement (pelles et pioches), et le 25 mai le conseil votait les crédits nécessaires à l’achat du matériel de cantonnement indispensable pour l’hébergement des hommes. Nous savons que ceux-ci étaient en place avant le 20 avril date à laquelle ils ont participé au nettoyage de la chapelle du Séminaire, peut-être en attendant le début du chantier des chemins ruraux. Mais malgré les charges financières correspondant aux travaux et à l’hébergement des P.G.A., l’utilisation de ceux-ci par la commune était censée procurer une économie estimée à 50%.

Le registre des délibérations ayant conservé peu de traces, on peut penser que cette main-d’œuvre d’un type un peu particulier, appartenant au commando 365, n’a pas posé de problèmes. On trouve cependant quelques mentions qui éclairent parfois un peu la situation, comme c’est le cas pour la surveillance. Au mois d’août 1946, la personne préposée à la surveillance demande au Conseil de revoir son traitement, elle percevait alors 15 F par prisonnier et par jour. Or, depuis le 18 mai il ne reste que dix prisonniers, et le gardien travaille aussi aux terrassements pendant leurs heures de travail. La somme de 250 F qu’il réclame lui est accordée pour la période où le nombre de P.G.A. est inférieur à 20.Cette affaire nous fournit la seule indication que nous ayons trouvée sur le nombre de prisonniers stationnés à Saint Meen-le-Grand. Un an plus tard, dans sa séance du 5 juillet 1947, le conseil « se désolidarise du gardien actuel, M. B …qui ne donne pas satisfaction. .. » , les P.G.A. étant le plus souvent livrés à eux-mêmes et sans surveillance. La garde est alors confiée à deux cantonniers qui travaillent constamment avec eux. En contrepartie ils percevront à compter du 1er juillet une rétribution de 40 Frs par jour.

Il n’y a pas d’incidents signalés, mais le bon fonctionnement de cette organisation impliquait nécessairement un minimum de rigueur et de sécurité.

Comme nous l’avons dit plus haut, l’effectif exact ne nous est pas connu mais on peut penser qu’il a du s’élever au départ autour de la vingtaine. Le 10 septembre 1946, nous savons que 11 P.G.A. furent acheminés vers Saint-Meen-le-Grand, venant du camp 1102. La cause de variation de l’effectif et leur importance ne nous est pas connue, mais il faut se souvenir des changements de statuts qui pouvaient intervenir. Le 19 avril 1947 par exemple, le maire informe le conseil municipal du « retrait des P.G.A. pères de famille ou âgés » (circulaire préfectorale du 16 avril 1947) malheureusement sans aucune précision sur une éventuelle conséquence à Saint-Meen-le-Grand. En revanche, le 10 septembre de la même année « quatre jeunes P.G.A. transformés en travailleurs libres » sont convoqués au centre médico-scolaire de Rennes pour y subir la visite médicale obligatoire.

Gestion locale des P.G.A.

Le dossier consacré à la gestion des prisonniers de guerre et à leurs activités, est quand à lui assez riche en informations diverses, tant sur l’importance des travaux dans lesquels ils étaient engagés, que sur les conditions de leur vie matérielle, grâce surtout aux nombreuses factures émanant des fournisseurs locaux, et concernant aussi bien tous les aspects de l’alimentation (pain, viande, légumes), les soins médicaux et dentaires, les transports occasionnels de personnes vers Rennes et les fournitures courantes liées à l’habillement (bottes et sabots) et à l’hébergement (fourneau, poêle, lampes)

Alimentation

Les approvisionnements nécessaires à « la cantine » (le terme est utilisé sur plusieurs factures) étaient assurés par les commerçants locaux pour tous les produits courants (tels qu’on pouvait les trouver à l’époque) : produits d’épicerie, pain, margarine et fromage) comme en témoignent les factures acquittées par la mairie. De même, les agriculteurs fournirent les légumes, pommes de terre, choux, oignons, carottes. La viande est surtout représentée par des abats (pieds de vache et de veau). Sont mentionnés au moins une fois du veau et du pot au feu ainsi que des sardines salées, mais la nature des ingrédients habituels laisse penser à une nourriture à base de soupe et de potée.

État Sanitaire

Des notes mensuelles d’ honoraires de médecin, portant notamment sur toute l’année 1947, des factures de médicaments, au moins une intervention de chirurgien-dentiste, montrent sinon un suivi médical régulier, du moins une prise en charge par la collectivité des soins nécessaires. On peut citer aussi en février et mars 1947, une livraison spéciale de 12 litres de lait pour un P.G.A. malade. En cas de maladie grave ou d’intervention chirurgicale la solution restait l’hospitalisation à Rennes pour laquelle nous avons un exemple : en juillet 1947, un homme est transporté d’urgence, accompagné du « chef des P.G.A. » à l’hôpital du Kommandat situé à la Prévalaye.

Transports

 Des transports de personnes entre Saint-Meen-le-Grand et Rennes (90 Km aller-retour) étaient inévitables, mais pas forcément commodes. Aussi à différentes occasions, la ville eut-elle recours aux services d’un transporteur privé (taxi) et au cours de l’ année 1947, le maire fit remarquer qu’il serait plus économique d’utiliser le train, mais encore ne faut-il pas oublier le prix du billet aller-retour pour l’accompagnateur.

 En conclusion, l’utilisation des P.G.A. par la ville de Saint-Meen-le-Grand ne diffère guère sans doute de celle d’autres communes. Si le but était de recruter de la main d’œuvre à bon marché on peut néanmoins constater le coût d’une telle opération pour la commune. (entretien et hébergement des hommes, salaire des surveillants). A défaut d’indication précises sur les rapports avec les habitants, on peut penser qu’il n’y eut pas d’incidents importants. Quant à la qualité du travail fourni et au résultat exact de cette entreprise, il n’est pas facile de les mesurer dans l’état actuel de la documentation

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