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Commando de P.G.A. rennais au service d'une commune rurale
"LA FONTENELLE"

Ed: 14/01/2005

(Étude de M. Rapinel)

"Au cours de la séance du conseil municipal de la Fontenelle en date du 9 9 45, il a été demandé un commando de 20 P.G.A. pour le terrassement des chemins vicinaux de la commune.En consultant les registres des délibérations du conseil municipal à la date du 23 juin 46, on trouve que M. Garcon Jean, adjoint au maire, a été nommé régisseur pour toucher les mandats afférent à la paie des prisonniers, puis remplacé par M. Lamort ingénieur à Antrain sur Couesnon à partir du 9 août 46.

Monsieur le maire Jean Roquais et Monsieur André Huet  sont allés à Rennes chercher le groupe d'Allemands au cours de l'été 1946. Monsieur André Huet, âgé de 27 ans, ancien prisonnier de guerre, parle couramment l'allemand et est embauché comme contre-maître du chantier. Le commando s'installe dans une maison du "village de la Roche". Le rez-de-chaussée se compose d'une grande salle et d'un cellier. L'étage est un grenier  Cette maison est spacieuse. L'étage sert de dortoir, le rez-de-chaussée de cuisine et de salle à manger, quoi qu'un témoin se souvient d'avoir vu des lits superposés au rez-de-chaussée. Les conditions sanitaires étaient celles des habitants du village. Comme eux les prisonniers avaient leur water dans le jardin, allaient chercher de l'eau potable à la fontaine St Samson distante de cinq cent mètres ou au puits voisin, faisaient leur toilette dans une cuvette et se baignaient au cours de l'été 1946 dans le Couesnon, à la "cave de l'angle" La cheminée assurait la cuisson des aliments et le chauffage de la maison.

Le cuisinier restait sur place et assurait l'entretien de la maison. La pomme de terre était à la base des repas, le pain était acheté à Antrain- sur-Couesnon, ainsi que la viande suivant les quantités réglementaires. "Si on veut qu'ils travaillent il faut bien les nourrir" avait dit André Huet au Maire de la commune. Les pommes de terre et la paille nécessaire à la confection de leur paillasse étaient achetés sur place. La maison n'était pas fermée à clé la nuit, le contre-maître était chargé de garder les prisonniers en couchant dans une autre maison du village. Il est vrai que M. André Huet était armé d'un fusil de guerre Allemand et que par son autorité il avait fait comprendre aux uns et aux autres ou était leur intérêt. Cependant l'un d'entre eux avait préparé son départ en dérobant des vêtements civils dans le village. Alertés par les autres détenus André Huet fit avorter cette préparation d'évasion et pour ne pas prendre le risque d'un départ réussi ultérieurement, il reconduisit le prisonnier au camp de Rennes.

De cette maison de la Roche, le commando a effectué le terrassement des routes de "la Roche" et de la "Dalimeraie". le terrassement se faisait à la pelle et à la pioche, la terre était transportée dans des tombereaux fournis par les fermiers riverains et conduits par leurs commis. De même des arbres étaient abattus à la hache,tirés avec des cordes et récupérés par les propriétaires riverains comme bois de chauffage.

La journée de travail suivait le cycle du jour: démarrage très tôt en été (environ sept heures) et tardif en hiver. Une coupure d'une heure à une heure et demie était prévue pour le déjeuner.

Une longueur de tranchée était à faire chaque jour (une vingtaine de mètres) après quoi le prisonnier rentrait au local ou se livrait à des extras: faire le terrassement dans une maison de la Roche pour y mettre un plancher ou faire des fagots et arrondir ainsi son pécule pour acheter des savonnettes, de l'eau de Cologne ou réparer ses chaussures (l'un d'eux était cordonnier)  Un groupe de civils travaillait dans les mêmes conditions que les prisonniers Allemands.

Pour le terrassement des routes de "Launay" et de "la Barre", le commando fût logé dans une maison de "la Barre" appartenant à M. Coupé. Malheureusement la ruine actuelle et les témoignages des voisins ne permettent pas d'en reconstituer l'aspect.

Sans doute au début de l'été 1947, le commando s'installe au village du "Chesnay" dans la "maison aux chouans", pour désenclaver ce village. Seule certitude la route est tracée en  septembre 1947 et utilisée pour le mariage de Mlle Thérèse Regueillet. La "maison aux chouans" est vaste.  Le rez-de-chaussée comprend toujours une grande pièce avec une cheminée  et un cellier. Deux étages se trouvent au-dessus mais seul le premier est utilisable. Il est vrai que M. et Mme Pierre Rose, derniers occupants des lieux, ont déménagé en 1938 par crainte des effondrements. Les waters sont creusés dans le jardin, l'eau potable est prise dans le puits voisin, l'eau de toilette au lavoir, le long du ruisseau de la "Sarrazinais". A cette époque les villages de la Fontenelle n'avaient ni électricité ni eau courante.  De cette maison du "Chesnais" furent entrepris les terrassements des routes du "Chesnais", du "Chaussix" et de la "Hommerie". Le déplacement des prisonniers pour se rendre sur les lieux du travail n'excédait pas 800 mètres.

Pendant toute la durée de ces chantiers qui se sont achevés en 1947, un seul accident a été à déplorer. Un prisonnier a eu la jambe cassée par la chute d'un arbre. Après une immobilisation sur place, le prisonnier a été évacué au camp de Rennes par une ambulance militaire qui est venue le chercher. Pour les maladies courantes c'était les médecins d'Antrain qui étaient appelés au chevet du malade.

Les témoignages qui m'ont permis de reconstituer ces évènements ont été obtenus par mes soins, au cours du premier semestre 1998, près de:

- Monsieur André Huet âgé de 79 ans et ancien contre-maître des chantiers,   
- Madame Mauxion née Rose Trouvais qui n'a jamais quitté le village depuis la guerre.
- MM. Armand et Victor Brand'honneur, âgés respectivement de 71 et 66 ans, et qui vivaient sur la ferme de leurs parents sur laquelle était située la "maison aux chouans"  
Cependant, des témoignages des uns et des autres il ressort que ce commando de P.G.A. vivait sans échange réel avec la population locale.
  
P.S.- A la date du 8 juin 1998 je n'ai pas retrouvé la circulaire de 1945 qui fixait les conditions d'utilisation des P.G.A. aux communes.


AUTRE EXEMPLE D'UN COMMANDO DE P.G.A. RENNAIS DANS UNE FERME A LA FONTENELLE
 (suite de l'étude de M. Rapinel)

On sait que les rations alimentaires dans les dépôts ne dépassent pas en général 900 à 1000 calories jour au lieu des 2400 minimales prévues. Alors, les commandants de dépôts sont favorables au placement des prisonniers dans l'agriculture notamment. C'est ainsi que :
"lorsque les enfants des fermiers Durosset à "la Rivière" et Avril à "la porte" en La Fontenelle, furent appeler à effectuer leur service militaire en 1946, deux prisonniers Allemands les remplacèrent pour les travaux agricoles. Ils logeaient à la ferme  et vivaient comme les journaliers agricoles de cette époque.

Du témoignage de Karl Heinz Holz, et de sa lettre ci-dessous, il ressort qu'il fût bien traité dans la famille Avril



Relations P.G.A./Famille Avril

Lettre de Karl Heinz Holz  Heidknapp 19,   D 4937 Lage Lippe le 30 7 87:

"Chère Mademoiselle
Avril

"Je fus surpris de recevoir après 40 ans une lettre de France. Je suppose que vous êtes une "petite fille de Henri
Avril. Comment va votre Famille? J'espère qu'elle va bien.

"Et maintenant à moi de vous donner de mes nouvelles :

"J'ai été libéré le 26 11 48 de ma détention de guerre. Je n'ai pas pu revenir dans mon Pays "Natal (Ostpomman) car ce territoire a été relié à la Pologne. Ma mère et ma soeur ont été "explulsées. Par des moyens détournés la Famille s'est retrouvée à Lage, là ou je fus libéré en "1948. J'ai eu de la chance d'être réemployé tout de suite dans mon ancienne entreprise "d'assurance  qui avait des bureaux dans toute l'Allemagne.
"Depuis le 1 10 1953, jusqu'au 31 12 54, j'ai travaillé au bureau dans la ville de Coblence "(Koblenz). Le 1er janvier 1955 j'ai été muté à  Detmold.
"La ville de Detmold appartient à l'ancienne principauté de Lippe et est maintenant la ville du "gouvernement de la région Ostwesfallen-Lip
"Ma femme Charlotte est revenue au débu 49 de la RDA. Le 22 10 49 nous nous sommes mariés. "Nous avons deux fils; Peter né le 26 2 51 et Uwe né l 13 5 55.
"Les deux ont appris le métier de la Banque . Peter a étudié a étudié à la haute école technique "et Uwe a été à l'école pour travailler à la Caisse d'Epargne.
"Les deux sont mariés. Uwe a une fille née le 22 12 86.
"Depuis le 1 5 84 je suis retraité. Ma femme et moi passons maintenant le reste de notre vie.
"Nous sommes encore en bonne santé et nous sommes heureux.

"Avec ces lignes je vais vous laisser; Je me réjouirais si vous traduisiez cette description à "votre grand'oncle.
"Sincères salutations à votre Famille.

"P.S.- Nous habitons avec notre fils Peter Pendant mon temps libre, je m'occupe de notre petit jardin, ce qui me donne beaucoup de joie."

Lage se situe entre Dortmund et Hannover près de Bieffefeld"


    RELATIONS  P.G.A. /FAMILLE AVRIL (suite):

(Correspondance effectuée par l'intermédiaire de Mme Verdys-Piel interprète du groupe de recherche PGA/UTL )


    le 28 6 1998
M. Karl Heinz Holz
Heidnapp 19
D 4937 Lage Lippe

    à Mme Verdys-Piel

Très honorée Mme Verdys-Piel

Cordial merci pour vos lignes des 28 4 98, auxquelles je voudrais répondre aujourdhui. Je n'y arrive que maintenant parce que j'étais en vacances entre-temps. Transmettez s'il vous plait des salutations cordiales à la famille Avril et le plus grand remerciement pour son invitation. Malheureusement, les éloignements sont trop grands et les occasions ne sont pas toujours là pour profiter de cette invitation.

Et maintenant pour votre question concernant les conditions de vie dans la famille Avril, je ne peux y répondre que positivement, car je fus très bien reçu.. J'avais seulement le sentiment d'être un "ennemi". Je me sentais comme parmi des proches. Je connaissais déjà vaguement la famille Avril avant d'y avoir travaillé, car notre commando de travail (venant du camp 1102 de Rennes) avait construit une route de la "Dalimerais" jusqu'en bas vers la maison de la ferme Avril dans La Fontenelle.

Pendant la construction des routes dans la commune nous nous sommes aussi sentis bien, parce que le Maire de ce temps là et notre garde André Martin ! (André Huet) avaient beucoup de compréhension pour nous. A cette époque là, nous avons aussi aidé à la moisson

Je n'ai pas de contact avec Erich. Je sais seulement qu'en octobre 1947, il devint travailleur civil et retourna en Allemagne un an plus tard. Ou ? Son Pays Natal était en Prusse orientale, qui appartient aujourdhui à la Pologne.

En Juillet 1996, ma femme et moi étions avec un groupe de voyageurs en Bretagne et en Normandie. Nous avons passé la nuit à RENNES. De là, nous avons fait des excursions journalières à St Malô, Jerzey, au Mont St Michel... Le voyage vers notre Foyer passa par Avranches, Deauville, Trouville, Paris.

Malheureusement aucune possibilité ne se présenta de faire une visite à la Fontenelle, parce que nous rentrions toujours très tard des excursions.

Peut-être que ça ira une fois à un moment. J'espère vous avoir répondu à quelques questions et je demeure avec des salutations amicales

   votre HKK

Karl Heinz Holz

Erich.

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