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Le chemin de croix de deux PGA à Tréhorenteuc.

Ed:27/04/14

 


D
es P.G.A. n’ont pas seulement contribué au déminage, à la reconstruction de nos routes et de nos maisons, ils ont aussi parfois laissé des traces artistiques indélébiles en peignant leur chemin de croix ... que l’on peut admirer aujourd’hui dans l’un de ces hauts lieux de la forêt de Brocéliande à Tréhorenteuc.

L’abbé Gillard, recteur de l’église de Tréhorenteuc depuis 1942 s’est rendu au camp 1102 (camp de la Marne) en mai 1945 et a obtenu deux P.G.A. ; Karl Resabeck (peintre) et Peter Wisdorf (menuisier) pour participer à des travaux de restauration d’art religieux, entrepris dans son église. Heureux commando, si on le compare aux six camarades P.G.A. d’un commando voisin travaillent dur à refaire les routes de Tréhorenteuc et dormant dans une écurie...

Les cultes religieux ayant tenté de faire disparaître l’âme celtique et ses rites, l’abbé Gillard très lié avec des artistes et des intellectuels bretons, fréquentant les beaux-arts de Rennes, côtoyant Xavier de Langlais, avait décidé de faire fusionner dans son église la mythologie celte, les légendes arthuriennes et les évangiles dans la tradition de l’art religieux, utilisant la symbolique des formes, des couleurs, des nombres et du zodiaque.

L’inscription La porte est au-dedans gravée sur le seuil de l’église invite à la méditation. Il voulait que ce soit un lieu d’amour et de fraternité qu’on soit chrétien, celte, français ou allemand, ou seulement amoureux de la légende. Pour vivre en harmonie avec les autres, c’est très facile nous dit Mme Laur, Directrice du Syndicat d’initiative de Tréhorenteuc, la porte est en dedans, en posant la main sur son cœur.

Les deux P.G.A. ont participé à cette œuvre qu’on vient admirer de si loin aujourd’hui. Le syndicat d’initiative de Tréhorenteuc nous a aimablement remis le témoignage du P.G.A. Karl Resabeck qui est ainsi entré dans l’histoire :

 

"En mai 1945, j’allais très mal. Pendant trois jours, nous ne recevions aucune nourriture. puis les Américains distribuèrent une boite de ration pour deux hommes. Elle contenait de la graisse de porc. J’ai eu la diarrhée, les militaires étaient aussi très pauvres. Ils nous ont tout pris : argent, chaussures, montre, manteau, babioles.

Nous sommes restés des semaines entières sur la terre nue, sous le soleil et la pluie. j’ai creusé un trou de 30 cm et je me suis recouvert avec une toile de tente. J’avais des rhumatismes, j’étais faible et très malade. J’avais un manche à balai pour béquille. Nous recevions 50 gr. de pain par jour et une soupe (de l’eau chaude avec quelques rondelles de carottes en tranches) le dimanche, il y avait un petit bout de tête de poisson qui sentait bien mauvais.

Ma profession de peintre avait été enregistrée par l’administration. Un jour, je fus appelé au bureau. L’abbé Gillard s’y trouvait : il me demanda si je pouvais peindre un "chemin de croix" Étant catholique, sachant ce qu’est un chemin de croix, je dis simplement oui. Étant en général honnête, je demandai si ce n’était pas hasardeux. J’ajoutais qu’il ne me connaissait pas et achetait le chat dans le sac.

Quelque temps plus tard, à la messe du dimanche, dans son sermon en chaire, il déclara qu’il avait acheté un chat dans le sac et qu’il avait fait un bon achat. Alors j’aurais pleuré. C’était un brave homme, je ne l’oublierai jamais.

Mes pieds étaient ensanglantés, il m’a offert des sabots, sa mère m’a tricoté des chaussettes en laine de mouton. Au cloître des clarisses qui était à proximité il a récupéré, auprès des religieuses, des bons de tabac et lorsque je pris congé, je reçus un coffret de bois contenant beurre, chocolat, cigarettes et une montre.

De Rennes, nous allâmes en autocar à Tréhorenteuc. Là-bas je restai malade au lit une semaine. Mais je récupérai bientôt la santé avec quelques médicaments, une bonne nourriture et l’aide de Dieu.

Désormais, commença pour moi une belle période. Au presbytère, nous disposions, en bas, d’une salle de travail et au premier étage d’une chambre à coucher pour chacun. Je me suis mis progressivement au travail. J’ai peint quelques aquarelles, naturellement l’église, puis, le vieux tronc qui est aujourd’hui encore dans la sacristie.

Peu à peu, je commençai le chemin de croix. d’abord le projet ne comportait que le motif à faire à la peinture à l’huile d’après les anciens reliefs noir et blanc qui étaient accrochés dans l’église. Comme Monsieur Gillard avait beaucoup d’imagination, nous tombâmes d’accord pour faire quelque chose de différent,

Mais de mémoire je ne pouvais le faire. Aussi, je pris comme modèle les camarades de guerre et même plus tard les paysans et les enfants du village et finalement Mr Gillard était toujours mon modèle pour le Christ, même en croix.

Il allait de soi que l’arrière plan était constitué par le paysage de Tréhorenteuc, le château, le presbytère, le Val sans retour.

Mais tout cela était l’idée de M. Gillard. Je ne comprends rien à la mythologie. Il m’avait donné tous les détails, raconté toutes les légendes de Merlin, de la fée Viviane, de Morgane, de la légende du Saint Graal, des romans de la table ronde. J’ai avec lui visité toute la région, fait ici et là les dessins et les tableaux, là ou les personnages ont vécu, d’après la légende, par exemple Merlin à la fontaine de Barenton, la fée Morgane au Val sans retour, etc... Tout le reste, M. Gillard l’a décidé, il en est en tout point l’inspirateur spirituel.

Vous demandez combien de tableaux ai- je peints. Je n’en ai pas fait le compte exact, mais environ une centaine. Où sont-ils allés ?

Pour l’autel, j’ai peint un grand portrait avec Ste Onenne, avec une belle fille, des fleurs, des oies et le vieux château de Tréhorenteuc. En outre de nombreux portraits de paysans et d’enfants.

De nombreux hommes sont tombés à la guerre. D’après les petites photographies, j’ai dessiné des portraits souvenirs. Les femmes étaient ravies et ont offert des cadeaux à M. Gillard.

J’ai demandé à M. Gillard d’où il recevait l’argent. Il disait souvent qu’une petite partie provenait de l’évêque de Rennes (en fait Vannes) Mais les paysans apportaient deux fois la semaine des grands plats de viande, de la saucisse, du pâté de campagne. Et chaque dimanche, l’hôtelière, Mme Harel, apportait un gigot de mouton avec légumes et dessert. Nous ne pouvions pas tout manger.

Un jour après la messe, il y eut sur la place de l’église la fête patronale ; Les Religieuses avaient préparé des petits gâteaux, des pains avec de la viande, de la saucisse, du fromage, du cidre et, des photographies de l’église et du chemin de croix ont été vendues.

C’était la belle vie. Nous fabriquions le cidre et le calvados, et dans le jardin nous avions d’admirables poires et des légumes. Souvent de nombreux prêtres amis venaient en visite. Alors, j’ai fait de la cuisine viennoise, escalopes, tartes, crèmes. Tous étaient enthousiasmés.

Ma femme se réjouit des photographies (Il s’agissait des photographies du chemin de croix)

P.S. En mars 1947, j’ai été relâché de captivité sur recommandation de l’abbé Gillard en raison de mes mérites".

 

 

Karl Resabeck  est décédé le 21 12 1984

La directrice du Syndicat d’Initiative. de Tréhorenteuc est toujours en contact avec la famille. Le fils de Karl Resadeck parle très bien le français dit-elle.

Concernant Peter Wisdorf, une sculpture du Christ portant les initiales P.W. (Peter Wisdorf) a été retrouvée par le Dr Leray, membre de notre groupe de travail. Elle avait été donnée par l’auteur à un membre de sa famille. Nous n’avons pas retrouvé à ce jour, la trace de la famille de Peter Wisdorf.

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