Les prisonniers de guerre italiens
dans les camps russes

Ed: 17/11/2006

56% des prisonniers Italiens sont morts en captivité

A la fin avril 1943, les prisonniers de guerre italiens enfermés dans les camps soviétiques étaient environ 10500 (comme on a pu le reconstituer plus tard en se rapportant au nombre des rapatriés qui fut de 10300) .On peut déduire que les Italiens capturés par les Russes( sans compter les blessés incapables de marcher, ceux qui avaient été tués ou qu'on avait laissé mourir dans la neige au moment de la capture) ont dû être en tout de 50 à 60000...le nombre de 55000 personnes( dont 10030 rapatriés et 45000 morts en prison) s'accorde en effet avec les dernières récapitulations publiées plusieurs années plus tard par le ministère de la Défense (74800 morts en tout, sur tous les champs de bataille et dans les prisons)

Source:"Le cheval rouge "d'Eugènio Corti (Collection: Au cœur du Monde-Édition: L'âge d'Homme)

Notes de lecture

Les terribles marches du davaï

"...Au cours de l'hiver 1942-43, les Russes n'avaient pas tué tous les Italiens qui étaient tombés entre leurs mains. Ils avaient alors l'habitude de ne tuer systématiquement que les Allemands, les recherchant soigneusement jusque dans les gris essaims de prisonniers italiens. Quand ils en reconnaissaient un( "niemets! niemets!"), ils le poussaient à coups de pieds et de poings hors du groupe et l'abattaient d'une rafale de mitraillette ou d'un coup de pistolet dans la tête.

Des Italiens en revanche (comme d'ailleurs des Roumains et des Hongrois)ils n'avaient , selon leur règle, éliminé que les blessés incapables de marcher; ou bien ils les fusillaient tout de suite( après la reddition du bataillon Val Cisuron de la Julia, ils en avaient tué de cette façon quatre cents en quelques minutes) , ou bien après les avoir regroupés dans des édifices en ruine ou à l'air libre, avec ou sans escorte, ils les abandonnaient , privés de secours et de nourriture, ce qui, par ces températures, entraînait nécessairement la mort de tous les blessés ou presque en l'espace de quelques jours.

Les autres, sains ou blessés mais capables de marcher, ils les avaient dirigés à pied vers des zones de rassemblement au-delà du Don. C'étaient là les terribles marches du davaï, du cri "davaï, davaï" ("en avant, en avant") par lequel les gardes harcelaient continuellement les hommes épuisés, hébétés par la faim, la fatigue et le froid. A ces prisonniers-là non plus on ne distribuait généralement pas à manger, sinon à l'initiative de quelques commandant de colonne, plus humain que les autres. Réglementairement, les gardes avaient même interdit aux paysannes des villages qu'on traversait, encore chrétiennes et charitables, de distribuer aux prisonniers , comme de temps en temps elles essayaient de le faire, quelques morceaux de pain ou de pommes de terre cuites.Ceux qui n'en pouvaient plus et s'écroulaient sans forces sur la piste étaient tirés d'une balle dans la tête et ces coups de feu qui retentissaient fréquemment en queue des colonnes, constituaient pour les prisonniers un aiguillon encore plus aigu que le cri incessant"davaï, davaï".

Ces marches épouvantables avaient duré de quelques jours à quelques semaines, selon la distances qui séparait la zone de capture de celle du rassemblement au-delà du Don et elles avaient souvent été suivies de bivouacs à l'air libre durant des jours interminables, toujours ou presque sans distribution de vivres, dans l'attente des trains qui devaient transporter les prisonniers dans les lager..

Au cours des marches du davaï et pendant les attentes au bivouac, selon l'évaluation faite ensuite par les prisonniers eux-mêmes, quarante pour cent environ des Italiens valides avaient péri.

...Parmi les survivants, encore quatre sur dix environ étaient sans doute morts ensuite dans les wagons ferroviaires qui les transportaient aux lager. Enfin, à nouveau quatre sur dix de ceux qui étaient arrivés aux lager devaient être morts avant le mois d'avril 1943; non plus seulement de faim et de privations, mais aussi à la suite d'épidémies de typhus qui avaient éclaté un peu partout. A la fin d'avril 1943, vingt pour cent seulement des prisonniers italiens restaient encore en vie et leur possibilité de survie paraissait faible parce que bien que les épidémies aient été enrayées (grâce surtout aux efforts des médecins prisonniers) la mortalité restait très élevée en raison de l'alimentation toujours inadéquate.

Le Stalin prikaz

Les choses en étaient là quand, à la fin avril, se produisit un fait inattendu: une ordonnance de la NKVD, l'omnipotence politique dont dépendait les lager de tous types, avait un jour ou l'autre prescrit que les prisonniers de guerre devaient être alimentés en suffisance. la mortalité avait diminué du même coup et, graduellement , les hommes, désormais tous réduits à l'état de larves, avaient commencé à revivre.On s'est beaucoup interrogé dans le lager d'Oranki à propos de cette ordonnance miraculée: Le Stalin prikaz( ordre de Staline), selon certains, serait due à une imaginaire menace d'Hitler de faire mourir de faim par rétorsion tous les prisonniers russes, anglais et américains qu'il détenait. Cette conjoncture était pourtant facilement démontée quand on savait le peu de cas qu'Hitler faisait de ses propres soldats faits prisonniers: pire, il n'admettait pas qu'il y en ait. quant à Staline, il se désintéressait de la même façon des prisonniers russes: tout le monde se rappelait encore que ceux qui étaient employés par nous (Italiens) pendant la guerre à des travaux des champs, avaient très peur d'être libérés par l'armée rouge, parce que , du seul fait d'avoir été fait prisonniers, ils se trouvaient assimilés à des déserteurs. (En effet, après la guerre, les prisonniers russes rapatriés, y compris ceux qui avaient combattu avec les partisans contre les nazis, furent déportés par la NKVD.

Il devait avoir une autre raison au Stalin prikaz mais laquelle? Seuls quelques-uns parmi les prisonniers la rattacheraient aux nécessités de la propagande communiste. Avec le printemps de 1943, argumentaient-ils, les bolcheviks entrevoyaient la possibilité de gagner la guerre et leur vieux programme d'étendre le communisme à l'Europe entière se refaisait d'actualité. le retour manqué dans les foyers de tous les prisonniers de guerre sans exceptions aurait donc représenté un gros obstacle dans le cadre de la propagande....

....Comme l'alimentation , bien que rare, se maintenait dans les limites de la subsistance. a partir de mai, l'alimentation incluait un petit apport protéique quotidien constitué de soja que les Américains avaient envoyé en Russie tout exprès pour les prisonniers de guerre.

Le retour des prisonniers
(Extrait d'un colloque Hamboug juin 2002)

Maria Teresa Giusti, de l’université de Bologne (Italie), a étudié les prisonniers italiens aux mains des Soviétiques et le rôle des communistes italiens exilés dans les programmes de rééducation antifasciste. Giusti souligne la polarisation politique des prisonniers italiens. Si pour certains le communisme a pu constituer un nouveau repère idéologique après l’écroulement du fascisme et une stratégie de survie dans un univers hostile, pour d’autres toute entente avec l’ennemi fut une trahison. Des accusations de « collaboration » menèrent même à des règlements de comptes violents lors du rapatriement et à des procès devant les tribunaux italiens.

 

IMI n’est pas PGI - ITALIENISH MILITAR-INTERNIERTEN (Document)

 

Les prisonniers de guerre italiens au Texas : http://www.italia-rsi.org/farsiinon/inon.htm

 

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