Retour
page
Témoins

Témoignage de Horst Einhoff, ancien P.G.A.  rennais

Ed:15/03/05
 

(Témoignage recueilli le 23-4-2002 à Rennes)

| Des bancs de l’école à la guerre  | Prisonnier des américains | Transfert au camp de Rennes | Regroupés à Comper | De Comper à Coëtquidan | Ma première évasion | Deuxième évasion | Emprisonné à Brest | La prison Jacques Cartier de Rennes

 

M. Einhoff né le 7 mai 1927    raconte :

Des bancs de l’école à la guerre :

« J’ai fréquenté durant 3 ans l’école publique d'entrer au lycée de Brême . Mon père était chef de production dans une usine de margarine. A 16 ans tous les écoliers de ma classe devaient suivre les cours d’instruction militaire de la Flac (D.C.A.). Le matin, les instructeurs remplaçaient les professeurs sur les emplacements de D.C.A. pour nous apprendre le maniement des matériels. Quand il y avait des alertes dans la nuit, nous participions à la défense anti-aérienne et nous étions dispensés d ‘école le lendemain. Je suis resté là un an. Presque tous les jeunes allemands voulaient devenir des héros et je me suis donc présenté moi aussi comme volontaire. Après huit mois de Service National, en décembre 1944, j’ai été affecté à la frontière tchécoslovaque. Le 1er mars 1945 j’étais nommé élève officier de réserve. (Mle 305 577) . J’avais 17 ans.

Notre compagnie est venue à Debruck, camp militaire à côté de Berlin où l’on a créé une nouvelle armée pour défendre Berlin. Tous les élèves officiers et sous-officiers ont pris position au sud-ouest face aux Américains. J’ai combattu avec des fusils, des pistolets et des bazookas contre les chars américains.

Prisonnier des américains 

J’ai été fait prisonnier par les Américains le 17 avril 1945 à Chansleben, petite ville à côté de Hams. Nous avons été transportés, entassés et dans des camions américains. Les chauffeurs conduisaient très vite et les ridelles des camions cédaient parfois sous le poids des hommes dans les virages. Ceux qui étaient à l’avant prévenaient ceux de l’arrière ; « virage à droite ou à gauche ». Installés dans des grandes prairies entourées de barbelés. Il n'y avait pas de tente, pas d’abri. L'eau manquai parfois. Les Américaine nous donnaient des rations mais en petite quantité.

Quand , nous sommes arrivés au camp de Bad Kreuznach le 30 avril 1945, il n’y avait pas d’abri là non plus. Nous avons creusé des trous dans la terre relativement profonds dans lesquels on s'installait en se couvrant de papier pour se protéger . On n’avait presque rien à manger. Celui qui avait encore sa montre ou une bague essayait de l’échanger contre un peu de nourriture. J’ai donné ma montre pour une boîte de conserve de viande. Certains sont morts de faiblesse surtout parmi les plus âgés. Moi, j’étais jeune et j’ai mieux supporté.

Il a beaucoup plu en avril et mai. La terre étant détrempée, les trous que nous avions creusés pour nous protéger se sont effondrés parfois sur leurs occupants enterrés vivants. J’ai conservé des rapports écrits par des camarades qui sont restés plus longtemps que moi à Bad Kreuznach.

Puis un jour on a demandé à ceux qui étaient de l’Est de l’Allemagne s’ils voulaient aller à Wittenberg pour travailler dans les rues, avec promesse de démobilisation ensuite. Je faisais partie des volontaires et le lendemain, nous avons dû nous mettre en rang devant une grande table où il y avait des officiers dont certains je pense, étaient médecins. J’aurais dû faire attention parce que l’un d’entre eux portait un uniforme français.

Je m’étais inscrit avec un camarade d’école de Wintenberg qui avait un pansement au cou . Il n'a pas été retenu car quelque temps plus tard il est rentré à la maison .

Évidemment, on a cru ce qu’on nous avait dit et on chantait dans les camions qui nous emmenaient à la gare. C’est seulement lorsqu’on a traversé le Rhin, qu’on a compris qu’on nous avait trompé. Entassés, serrés debout les uns contre les autres, dans des wagons à ciel ouvert, nous avons pensé que ce ne serait pas long. Le train s’est arrêté à Paris près d’une usine automobile, mais pas pour nous débarquer. Beaucoup de gens regardait le train à partir d'un pont. Certains nous ont lancé des pierres, des bouteilles, et tout ce qu’ils trouvaient.

 

Transfert au camp de Rennes

Le train est reparti pour Rennes dans la deuxième quinzaine de juin , le 30 juin 1945, je crois. Je n’ai pas rédigé de journal de bord, mais d’autres l’ont fait. Le camp de Rennes était alors sous autorité américaine, mais les gardiens étaient français et pour la plupart  Nord Africains. Je me souviens qu’on n’était pas loin d’une voie ferrée. On a pu s’étendre par terre à même le sol sous des grandes tentes américaines. Il y avait très peu à manger, le plus souvent de la soupe où nageaient quelques rares morceaux de choux au fond des grandes marmites. Nous nous étions organisés de telle sorte que le premier servi un jour était le dernier servi le lendemain. Il y en avait un qui devait toujours remuer la soupe dans le chaudron et un autre qui versait le contenu de la louche dans les boîtes de conserve qui servaient de récipient.
Il y avait des endroits où l’on pouvait faire du feu. Quelques uns devaient travailler dans les écuries. Ils en profitaient pour ramener un peu d’avoine qu’on écrasait avec des cailloux et que l’on cuisait avec de l’eau. Évidemment, il n’y en avait pas pour tout le monde.

 Le charbon de bois  récupéré dans les foyers était écrasé et mélangé avec de la poudre de citron dans une boîte de ration américaine puis délayé avec de l’eau bouillie formait un produit pas beau à regarder, mais il avait un goût de citron et calmait notre faim malgré l’inconvénient d’être constipant.

Une fois par jour nous avions un pain rond blanc américain pour 7 personnes. Mais quand on le coupait, c’était tout à coup, un volcan de poudre verte (moisissure) qui en sortait. Mais on le mangeait quand même. La faim n'empêchait pas certains d'échanger leurs rations de nourriture contre des mégots de cigarettes ramassés autour des postes de garde.  Beaucoup de camarades prisonniers sont morts de faim à Rennes.

On parlait beaucoup de l’hostilité entre la France et l’Allemagne, mais en considérant l’histoire, on se rendait compte qu’il y a eu beaucoup plus de guerres entre l’Angleterre et la France autrefois qu’entre l’Allemagne et la France.

J’ai conservé une attestation de ma libération du camp de Rennes qui date de novembre 1948. Là on indique qu’on me doit 407 Frs mais on n’a pas voulu me les donner. (On donnait une partie et le reste était mis sur le compte de prisonnier…)

Dès que l’occasion s’est présentée, je me suis intégré dans un commando de travail.  Le premier sujet de conversation quand on a faim, c’est de faire la cuisine. Par contre, le premier sujet de conversation quand on a le ventre plein, ce sont les femmes. Alors je rêvais de travailler d’abord dans une ferme pour manger à ma faim.

 

Regroupés à Comper ( Morbihan)

Un groupe important de prisonniers  a été composé et nous pensions que nous serions répartis dans différentes fermes, mais ça ne s’est pas passé comme nous l’espérions. Nous avons été regroupés à l’intérieur des murs du château de Comper à Concoret. Derrière le mur des écuries , on pouvait les voir les F.F.I. qui occupaient les postes de garde avec des fusils Mauser récupérés aux allemands.

Dans la journée, il n’y avait pratiquement rien à manger. Nous étions fin août, début septembre. Il y avait de grands arbres dans lesquels on allait dénicher des oisillons. Il fallait bien manger.

Il y avait encore des camarades à qui l’on n’avait pas encore tout pris. Ainsi par exemple, l’un d’entre nous avait pu conserver ses gants de motocycliste. Parlant français, je suis allé demander par dessus le mur à l’un des gardiens s’il voulait bien les échanger contre deux pains. Rendez-vous fut pris le lendemain pour cet échange.

Le règlement ne permettant pas aux F.F.I. d’entrer à l’intérieur des murs, le lendemain j’ai mis une pierre dans l’un des gants que j’ai lancé par-dessus le mur, et j’ai reçu un pain en échange. Le deuxième gant a été lancé de la même manière en échange d’un autre pain quelques jours après.

 

De Comper à Coëtquidan (CR de la visite duCCIR au cam de Coëtquidan)

 

Puis nous sommes partis à pied à Coëtquidan. Il faisait très chaud. Les Nord-Africains qui nous accompagnaient n’étaient pas tendre avec nous. A l’arrivée, on a été hébergé dans des baraques en demi-cercle en tôle (installées par l’armée anglaise en 1940)  C’était le début de Coëtquidan. Là aussi, la nourriture faisait défaut.

 

Le responsable du camp qui était sergent  parlait allemand. Il aurait été sous-officier dans la Werhmacht. (Alsacien sans doute) Puis vint l’automne et l’hiver et l’on a travaillé dans différents groupes de travail.

 

J’ai saisi l’occasion, dans un commando pas très bien surveillé où il n’y avait que peu de gardiens sur de grands espaces, pour aller cueillir des champignons dans la forêt. Nous les avons cuit  à l’eau et nous les avons trouvé bons.

 

D’après mes souvenirs, il a plu beaucoup cet hiver là. Nous avons été malades avec des vomissements et de la diarrhée. Le sergent notre gardien, avait un chien berger allemand qui errait souvent autour des baraques. Un jour le chien disparut…Il paraît qu’il était bon.

Enfin le printemps 1946  arriva, la température était bonne. J’ai travaillé dans différents commandos. Le plus important était chargé des poubelles, de la coupe des haies et de la tonte du gazon. On avait demandé : « qui est spécialiste en jardin? » . Je me suis alors présenté et je fus pris à l’essai. Il fallait que je coupe les haies avec une grande cisaille à main. On a dû apprécier mon travail puisque j’ai pu continuer. Cela présentaient quelques avantages. On n’était pas trop surveillé. On avait la possibilité d’aller dans les salles à manger desservir les tables des officiers. Au début, on se contentait de récupérer les restes dans les poubelles, mais on s’est enhardi. Quand le couvert était mis, l’un de nous rentrait prendre le pain sur les tables pendant qu’un autre surveillait les abords. C’était un bon commando !

Le sergent qui répartissait les commandos le matin savait que j’étais un bon jardinier. J’étais aussi dans le camp un des plus jeunes. Au moment de partir au travail, il me demanda si je voulais bien être ordonnance dans une famille d’officier. Naturellement j’ai dit oui. Je fus donc affecté chez un lieutenant qui avait un bébé. Là, j’ai dû tout faire , laver les couches, donner à manger. C’était quand même une bonne chose, seulement je n’ai pas eu de chance ; entre la cuisine et la salle à manger il y avait un passe-plat et des meubles de cuisine devant. En voulant me  pencher par-dessus pour y déposer quelque chose, j’ai glissé et je me suis blessé à la meilleure partie de mon corps sur le coin du meuble.

Je suis venu me faire soigner à l’hôpital militaire  à Rennes. A mon retour à Coëtquidan, ma place était prise. J’ai été affecté dans un autre commando de la coopérative militaire de Coëtquidan . Le sergent responsable nord africain  était très sympathique.

Il fallait faire toute sorte de travaux. On a volé comme des pies, pas ce qui brille mais seulement ce qu’on pouvait manger. Ainsi, par exemple, on mettait les cartons de nougats de Montélimar vides à la place des pleins. C’est là que j’ai eu ma première expérience avec le vin français. Un Marocain nous a montré comment   siphonner du vin de la barrique pour sa mise en bouteille. J’étais complètement saoul le soir et j’ai été renvoyé.

Dans le commando suivant, le sergent savait que j’avais été ordonnance et spécialiste en jardinage. Un capitaine avait besoin d’une ordonnance et cherchait un « grand blond aux yeux bleus » Il m’a engagé et m’a rappelé mon ivresse dans le commando précédent. Avec le culot d’une bouteille vide, on m’a fait gratter le plancher rugueux. Ensuite la famille est arrivée(petite femme très mignonne et trois petits enfants. Le Capitaine de Lanlay est devenu Général  . J’ai été l’homme à tout faire . Je travaillais tantôt au service général , tantôt dans les locaux des élèves officiers. Parfois on obtenait les restes de ces élèves là.

Les enfants arrivant du jardin salissaient l’escalier au fur et à mesure que je le nettoyais et la « patronne » me grondait car elle le voyait toujours sale. Ce n’était jamais assez propre. Dans cette famille j’étais un peu l’esclave. Ils ont employé une gouvernante pour les enfants, mais c' était une ancienne résistante qui refusait de me parler . Je suis allé voir le sergent pour lui demander de revenir au camp, j’accepterais n’importe quel travail. Mais la famille de Lanlay, satisfaite de mes services tenait à ma garder.

 

Ma première tentative d’évasion

Près de mon lit, au camp, dormait un sous-officier et nous avons décidé de nous évader tous les deux. Connaissant bien  la maison, j’ai caché dans une pièce à côté de la cave ce qu’il fallait pour mener à bien cette évasion, notamment deux vélos volés. L’idée nous était venue de s’emparer de la tenue du Capitaine et d’une robe de son épouse, mais nous l’avons abandonnée.

Tout était prêt pour le dimanche. La famille a quitté la maison comme chaque dimanche me laissant la porte ouverte, mais la femme est revenue sur ses pas la fermer. Je ne pouvais plus rentrer par la porte chercher les vélos et le matériel cachés. Seule la fenêtre des WC était restée ouverte, par laquelle je suis entré à l’aide d’une échelle de jardin  pour ouvrir la porte de l’intérieur. Ayant réuni le matériel, je suis allé chercher mon camarade qui m’attendait au camp. Nous devions revenir ensemble à la maison pour prendre possession de notre équipement, mais voilà que la Police Militaire était devant la maison.

J’ai dit à mon camarade : « je te ramène au camp »et je suis parti seul en direction de Redon. Personne ne m’a arrêté. Un pneu à crevé, j’ai jeté le vélo dans les buissons. Je suis arrivé à la ligne de chemin de fer que j’ai longée quelque temps à pied. Puis j’ai entendu un train arriver, alors je me suis éloigné rapidement sous le couvert le temps de son passage, mais je me suis heurté à un câble et je suis tombé. J’ai tant bien que mal repris le chemin le long des voies jusqu’à un passage à niveau gardé. J’ai dit à la dame que je m’étais évadé et qu’il fallait appeler la police, ce qu’elle fut heureuse de faire car une prime était accordée à ceux qui permettaient d’arrêter des prisonniers évadés. On m’a alors ramené au camp de Rennes. On m’a rasé les cheveux et octroyé 3 jours de cellule. Je me suis retrouvé en cellule avec deux prisonniers qui avaient tenté de s’évader. L’un d’entre eux appartenaient aux Jeunesses Hitlériennes et l’autre qui venait des Sudètes.

 

Deuxième tentative d’évasion

On tenta une nouvelle fois de s’échapper. Dans cette baraque prison installée dans ces baraquements anglais en tôle arrondies, l’avantage pour nous, c’est qu’elles étaient posées sur des pierres et qu’il y avait un espace libre entre le plancher et le sol. 

L’intérieur était divisé en cellules dans lesquelles on pouvait quand même se mouvoir mais interdit de sortir pour satisfaire ses besoins naturels. Après avoir découvert qu’il était possible de soulever le plancher de bois, l’un d’entre nous qui avait une tenaille reçut pour mission d’aller sectionner de nuit le fil de fer barbelé du double réseau qui entourait la baraque prison entre deux rondes du gardien armé.

Ce camarade sortait de la baraque par en dessous le plancher lorsque le gardien venait de passer et s’empressait d’aller couper avec sa tenaille les premiers fils barbelés, tout en les laissant à leur place et revenait aussitôt dans la baraque. L’opération s’est répétée pour aller couper les fils barbelés de la deuxième rangée, toujours en les laissant en place pour qu’on ne puisse pas s’en apercevoir. Après le passage suivant du gardien on est parti.  Personne ne s’est aperçu de suite de notre évasion.

Cette fois-ci on est parti avec un train de marchandises. On est arrivé à Rennes dans la nuit. Comme on n’avait pas mangé, on a trouvé une maison isolée espérant y trouver quelque chose à manger. C’est moi le plus jeune qui devait rester dehors faire le guet. Un carreau a été cassé pour passer par la fenêtre et les camarades sont ressortis avec du pain et une jarre pleine de beurre. Ensuite, on a rejoint la gare de Rennes où des ouvriers travaillaient.

On décide alors de se séparer et que chacun se débrouille pour s’échapper. Je suis arrivé à un train et je suis monté dans un wagon plat sur lesquels il y avait de grandes caisses en bois entassées avec une bâche par dessus. Il y avait une place pour m’asseoir entre la bâche et les caisses.  Le train  s’est ébranlé. Je n’avais plus qu’un tout petit morceau de pain mais j’avais  la jatte de  beurre. Faute de pain, j’ai avalé tout le beurre. Résultat : diarrhée!

Le lendemain après-midi, le train s’est arrêté puis est reparti, mais mon wagon est resté dans la gare de triage. J'’étais dans la région de Morlaix je pense. Les ouvriers sont arrivés, ils ont enlevé la bâche et ont eu la surprise ! On m’a emmené dans un bâtiment, la gendarmerie sans doute, où habitaient aussi les familles de gendarmes. On m’a enfermé dans une cellule. Chaque  jour une personne de famille différente m’apportait à manger. On m’a dit « ici c’est fini, tu vas à Brest »

 

Emprisonné à Brest

Je suis parti à Brest par le train , les menottes aux mains, entre deux gendarmes. Nous sommes arrivés dans une sorte de forteresse qui servait de prison et même de quartier de haute sécurité. Les gardiens surveillants encore nord-africains y logeaient et surveillaient une quinzaine de prisonniers dont quelques parachutistes du général Ramcke, occupant précédemment les lieux.  Par ailleurs, la forteresse paraissait vide.

A l’étage supérieur, on avait droit de faire du feu et de faire bouillir du linge. Il n’y avait pas assez à manger là non plus. Il y avait d’habiles  débrouillards avec les gardiens. Ces derniers ont eu des problèmes à cause d’eux.

Dans la forteresse, il y avait un système d’aération. La tuyauterie qui traversait la pièce était constituée d’éléments mesurant 1m sur lesquels étaient vissées des grilles d’acier avec fermeture à manivelle. Ils débouchaient sur l’extérieur et étaient assez larges pour s’introduire dedans. Deux hommes ont pu ainsi aller récupérer dans le cloître voisin des boîtes de conserves américaines qui y étaient stockées et on a pu les amener dans la pièce où l’on pouvait faire du feu, sous prétexte qu’il y avait du linge à laver.

Puis un jour de septembre on m’a fait savoir que j’allais  être renvoyé à Rennes menottes aux mains, par le train. Le chef des gardiens qui avait entendu m’a battu quand il a su que j’étais un évadé suspecté par lui de vol de bijoux.

On avait aussi repris les autres et nous nous sommes retrouvés au camp 1101 à Rennes, îlot spécial de la Motte aux Chanceliers. Je devais être interrogé et avoir un procès.

 

 

La prison Jacques Cartier de Rennes

 Notre avocat était aussi un PGA. J’ai été condamné à huit mois de prison, mais mais tenant compte de mon emprisonnement au camp de la Motte aux Chanceliers à Rennes équivalent d’un quartier de haute sécurité, on est resté que six mois à la prison Jacques Cartier

Vous pourrez lire les conditions dans lesquelles on a vécu si vous pouvez lire le livre du Général Ramcke.

Je peux vous montrer les pages concernant le moment où j’y étais. On y indique aussi les noms des personnes qui ont été exécutées pendant ce temps. Je ne peux vous donner de détails ici parce que c’est trop dur.

En décembre 1947, j’ai été libéré. L’homme de confiance était le général Ramcke. Il avait le droit de rendre visite à tous les prisonniers. Lorsque j’ai été libéré de prison et rentré au camp, le général m’a écrit cette lettre du 31 décembre 1947. Il a mal écrit mon prénom, mais son adresse est 56 Bd Jacques Cartier.

Le Général m’a recommandé pour être affecté dans un commando à l’école d’apprentissage. J’y ai travaillé en cuisine avec un amputé de guerre français.  J’allais au café quai de la Prévalaye avec un civil qui s’appelait Albert. J’ai fait connaissance avec la serveuse qui s’appelait Suzanne.

En 1948, beaucoup de camarades quittaient le camp de PGA pour devenir travailleur libre. Le directeur de l’école m’a demandé si j’allais aussi quitter le camp ou rester. Le collègue français m’a traité de cochon de SS. J’ai demandé à revenir au camp.

Lorsque j’ai quitté l’îlot spécial, j’ai travaillé au commando Pi-Park. Albert qui avait remarqué un peu français m’a proposé d’être interprète. On a habité à Pi-Park, on avait notre cuisine et j’avais le droit d’être assis dans un bureau d’approvisionnement avec une dame mariée avec un marin.

 Le 18 novembre 1948 j’ai été libéré et je suis rentré chez moi en Allemagne. J’avais 22 ans.

Après ces événements, mon père n’avait pas d’argent je n’ai pu terminer ma formation scolaire, j’aurais dû étudier encore 3 ans pour avoir mon bac, l’État n’a pas aidé, j’aurais voulu étudier, je ne le pouvais pas.

                                                                                   

haut-bleu.gif (220 octets)

Page d'accueil | Retour page Témoins

| Des bancs de l’école à la guerre  | Prisonnier des américains | Transfert au camp de Rennes | Regroupés à Comper | De Comper à Coëtquidan | Ma première évasion | Deuxième évasion | Emprisonné à Brest | La prison Jacques Cartier de Rennes